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30 Sep 2017 18:48 #1 par TluanerXila
CR WPO Dublin 2017 a été créé par TluanerXila
Bonjour à tous,

Je mets ci-dessous le CR du WPO Dublin 2017 que je suis en train de rédiger, ce sera posté au fur et à mesure mais globalement je pense qu'il sera divisé à 4 parties,

Bonne lecture :P

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30 Sep 2017 18:49 - 02 Oct 2017 17:12 #2 par TluanerXila
Réponse de TluanerXila sur le sujet CR WPO Dublin 2017
CR Dublin Winamax Poker Open 2017


Jeudi 21 Septembre



Appelez-moi Patrick ce sera plus simple. On m'affuble de multiples noms : le hasard, la chance, la variance, la déviation autour de la valeur estimée pour les plus sobres. Pour les plus alambiqués j'ai eu le droit à : « la river Winamax », « Dame Variance », « Un fion comme ça », « La con de chatte de tes morts ». Ceci ne sont que des exemples parmi une multitude d'appellations. Mais Patrick me sied bien. Je suis donc celui qui décide quelle carte va tomber à chaque instant, je suis celui qui fera gagner un joueur plutôt qu'un autre, je suis celui qui peut parfois faire partager le pot, je ne répond qu'à une seule logique, froide et impartiale, et de ce fait je ne favorise personne et ne défavorise personne. Vous êtes tous égaux à mes yeux, c'est-à-dire insignifiants. Et je peux vous dire que je suis une nouvelle fois déçu. Tout au long de cet événement je n'ai eu de cesse d'entendre vos cris de jouvencelles effarouchées m'accusant de tous les maux. Mais sachez, futiles créatures, que ça n'arrive pas qu'à vous, ça arrive à tout le monde, tout le temps, dans un sens comme dans l'autre. Vous êtes tous égaux sur le long terme que vous ne pourrez jamais cerner avec votre vision étriquée de mammifère mortel. Car aussi intelligents que vous puissiez être, c'est-à-dire bien peu avec vos cerveaux qui dégénèrent inévitablement, vous vous plaignez toujours. Prenons notre futur narrateur par exemple, même lui trouve à se plaindre comme quoi il « run sous l'EV », et pourtant il connaît tous les aspects que j'ai évoqué précédemment. Il n'a qu'à se sortir un peu les doigts du cul et à jouer un peu plus, et peut-être que là il comprendra que « run sous l'EV » n'a aucune importance. D'ailleurs je sais qu'il m'en veut un peu au fond de lui. Il a conservé dans sa mémoire rudimentaire de chasseur-cueilleur uniquement les gros coups qu'il a perdu et il se les repasse inlassablement dans sa tête, comme s'il aimait ça d'un plaisir malsain. Mais par contre le coup qu'il a gagné quand il avait 20% d'équité, celui-là croyez moi qu'il a vite fait de l'oublier pour lorgner uniquement sur sa pile de jetons accumulés. Ainsi je lui laisse à présent l'écriture pour qu'il puisse nous conter son aventure dans un événement où des animaux n'ont eu de cesse de braire à l'encontre de mes méfaits.



L'atterrissage fut brusque. Une caricature de bonne femme lâche un petit cri et un homme cherchant à faire l'intéressant se met à applaudir avant de se raviser dans la honte la plus méritée. J'arrive à Dublin, cette fois non pas pour le travail ou pour passer des vacances avec une fille bipolaire. Cette fois ce sera pour jouer au poker pendant l'événement du Winamax Poker Open. J'ai déjà mon ticket pour le main event à 550€ et j'ai qu'une hâte, c'est de jouer ce tournoi dont le structure est sublime. Un tournoi sur 3 jours avec 90.000€ pour le vainqueur ça ne se refuse pas. J'attends à l'aéroport que Lydia passe me chercher en voiture, une Volkswagen grise parait-il. Lydia est la propriétaire du Airbnb que j'ai loué pour cette occasion et elle a gentiment proposé de passer me chercher à l'aéroport après son travail et de me conduire chez elle. L'attente fut de courte durée puisque seulement 20 minutes plus tard elle arriva à l'aéroport au point de rendez-vous. Le voyage m'a éreinté avec un réveil qui pointa bien avant le chant du coq et d'interminables files d'attente propres aux vols « low cost ». Je m'efforce donc d'afficher une tête présentable à Lydia avec un sourire contrebalançant des mâchoires crispées. Lydia est une jeune femme blonde de taille moyenne possédant des pommettes saillantes. Comme tous les irlandais et les irlandaises que j'ai pu rencontrer, elle est très aimable. Elle me parle un peu d'elle, de son travail de professeur d'histoire-géographie et me demande ce que je viens faire en Irlande. Ma réponse ne la surprend pas plus que ça car elle connaît bien l'hôtel qui accueille le Winamax Poker Open. Cet hôtel abriterait tout au long de l'année des conventions studieuses et des organisations loufoques. Tout en écoutant Lydia, je peux observer le paysage Irlandais qui défile d'un vert resplendissant et transpirant l'humidité. Lydia semble très attentionnée, elle possède les qualités bien trop souvent négligées des femmes qui ne sont pas excessivement belles mais qui ont un grand cœur et qui donnent envie de composer des ballades sur elles. Une fois arrivés chez elle, elle me présente le petit mais néanmoins coquet appartement. Le tour des lieux est rapidement expédié et j'installe mes affaires. Une fois le trajet jusqu'à l'hôtel vérifié grâce à l'ami Google Map, je me dirige vers les lieux du Winamax Poker Open en sortant sous la bruine rafraîchissante. Je ne joue que demain pour le Day 1B mais évidemment la tentation d'aller voir le Day 1A est bien trop forte pour que je puisse y résister. La marche dure 30 minutes, me laissant le temps de m'extasier devant des paysages à la verdure vertigineuse. Rathcoole a tous les attraits d'une petite ville de campagne où il fait bon vivre : les enfants jouent au football gaélique pendant que les adultes discutent de la vie et boivent à la santé des vivants et des défunts dans l'impressionnante suite de bars de la rue principale. Il est juste dommage qu'un autoroute partant de Dublin vienne couper la quiétude de cette ville avec un concert motorisé incessant. Je termine mon trajet en entrant en backdoor dans l'hôtel grâce à un raccourci qui donne sur un terrain de golf appartenant à l'hôtel et un restaurant asiatique. C'est alors une fourmilière qui se tient devant l'entrée de l'hôtel, une véritable masse agglutinée de gens en tout genre qui fument, qui boivent et qui racontent les injustices de Patrick. Je devine que tous ces joueurs sont en break et viennent décompresser dans la moiteur extérieure. Je reconnais immédiatement des visages que j'ai ou avais l'habitude de voir en vidéo, en streaming ou en photo. Un petit groupe « gamer » s'est formé avec « BestMarmotte » aka Marmoud, « Mr MV » et « Vinz ». Étonnant de voir que Marmoud est si petit en taille, lui qui a le don et le talent de mettre des vignettes énormes de son faciès sur l'image de présentation de ses vidéos Youtube. Le fait de voir Mr MV me ramène 5 ans en arrière, à l'époque où je faisais du speedrun pour tuer le temps. Je souris perdu dans mes pensées et reprend la marche. En me dirigeant vers l'entrée je croise également Kool Shen, Sylvain Looseli et Guillaume Diaz. Les croiser ne me fait maintenant plus un électrochoc, avoir pu discuter avec les membres de la team Winamax pendant l'événement freeroll de Paris était déjà une très belle expérience et m'a accoutumé. Les informations sensorielles affluent de plus belle lorsque je passe le pas de la porte pour rentrer dans la « leizure room ». C'est une véritable danse colorée avec des jeux d'arcade, un billard, un billard-foot, des tables de beer-pong, un panier de basket et une décoration festive prévue pour l'occasion. C'est comme si le Gold Saucer prenait vie devant moi, les attractions sont présentes, il ne manquait plus que la musique festive et aérienne. Je regarde les attractions une à une avec un grand sourire d'enfant et je constate que tout le monde rigole et prend du bon temps, les images du précédent Winamax Poker Open n'avaient donc pas menti. Je repère le comptoir d'accueil et commence à m'y diriger afin d'aller faire ma carte de joueur. Un jeu d'arcade particulier capte alors mon attention. Il s'agit d'un jeu pouvant se jouer jusqu'à 4 où le but est d'enfourner une balle dans des trous en faisant rouler la balle sur un plancher orienté à 45°. A chaque fois qu'une balle tombe dans un trou, une carte de la taille d'une main commence à bouger vers la gauche en émettant un bruit électronique. 4 cartes pour 4 joueurs qui doivent ainsi faire la course et amener leur carte à l'extrémité gauche de la borne avant les autres. Les 4 cartes son représentées par les dames : Pallas, Argine, Judith et Rachel. Sauf que ces gentes dames ont troqué leurs habits royaux et médiévaux pour une tenue plus... appropriée. Pallas, la dame de pique, a sorti un corset noir et des menottes qu'elle mordille d'un regard dominateur. Argine, la dame de trèfle, parade avec tout l'attirail du superstitieux : dés fétiches, fil de bonne aventure attaché au doigt, patte de lapin, collier fer à cheval et même un jeune agneau vivant. Judith, la dame de cœur, se ballade les seins à l'air tout en tenant son décolleté dans une main et en esquissant un clin d'œil provocateur. Rachel, la dame de carreau, apparaît avec une ribambelle de verres de bière empilés dans ses mains et est accoutrée de gigantesques lunettes, d'un justaucorps et d'une petite culotte. Le jeu de carte du Winamax Poker Open sera bien entendu un snap call quelques minutes plus tard, les figures sont vraiment drôles. Je regarde alors Gaëlle Baumann et Harper jeter frénétiquement leur balle pour la win, ce sera Gaëlle qui gagnera après une course effrénée. Harper m'interpelle et me demande si je veux jouer mais je répond connement intimidé que je viens d'arriver et dois aller faire ma carte de joueur. Depuis la file d'attente du bureau d'accueil, j'observe les joueurs qui commencent à rentrer en masse dans l'hôtel, je devine alors que le break est terminé. Une fois la carte faite je peux alors passer le check-point d'entrée de la grande salle de poker gardée par un gorille d'où proviennent déjà les murmures des jetons qui s'entrechoquent. Les murmures deviennent des tumultes, des dizaines de tables sont installées avec parcimonie, chacune comportant 6 joueurs. Ce sont des centaines de joueurs qui sont en train de regarder leurs cartes, de miser, de relancer, de se coucher, de crier de joie ou de désespoir. La salle est immense, elle ne doit pas être bien loin de la superficie d'un terrain de foot. Au plafond culminent deux gigantesques lustres en verre. Tous les joueurs du main event sont en train de jouer et occupent la majorité de la salle, ils sont 500 à se disputer des jetons. J'effectue un tour complet des tables en observant les joueurs, les cartes et les jetons. La circulation du public est libre, il est possible de naviguer où bon nous semble et c'est admirable, il devient alors possible de profiter du spectacle en plein cœur. Les croupiers et croupières, d'une attitude professionnelle, distribuent et abattent les cartes d'un geste fluide. Ils sont tout de noir vêtus et en imposent à mes yeux. J'observe quelques professionnels en train de jouer comme Davidi Kitai et le jeune top shark Aladin Reskallah. Au fond de la salle bien en écart du main event se déroule la demi-finale du highroller à 1200€. Sur le panneau du highroller un seul nom m'est connu, celui de Romain Lewis. De nombreux agents techniques s'empressent d'installer des caméras et du matériel audio-visuel autour d'une table qui trône derrière les tables du main event. Je m'approche de la table télévisée tout en continuant d'observer quelques tables du main. La bulle de la tf semble avoir éclatée sur le highroller et les joueurs vont pouvoir rejoindre la table télévisée après un court break. Un autre joueur semble attendre le début de la table finale, il est jeune, blond avec des lunettes, un portrait qui sied bien aux joueurs réfléchis. Cet événement est l'occasion de rencontrer d'autres passionnés du jeu en plus des professionnels, je lance donc une question rhétorique pour briser la glace :

- C'est la table finale du highroller qui est en préparation je suppose ?
- En effet, ils devraient pas tarder à commencer
- Tu as joué le main aujourd'hui ?
- Non je le joue que demain et toi ?
- Pareil je suis venu pour voir l'ambiance

La conversation se poursuit et j'apprends que mon interlocuteur s'appelle Vincent. Il est ingénieur, il jouera le day 1B du main ainsi que plusieurs autres events comme le monsterstack et le sunday si jamais le main se passait mal. Aujourd'hui il va jouer le knockout pour se mettre en jambes. L'observe attentivement la tf du highroller jusqu'à la pause manger des joueurs du main event. La dynamique est très agressive, les joueurs n'hésitent pas à 3B à chaque tour et ils sont tous assez profonds pour avoir une range de 3B/fold, bienvenue en 6-max. Un vigile me prie de sortir de la salle pendant la pause manger des joueurs du main event même si la tf du highroller tourne, les spectateurs ne sont plus autorisés. Je quitte la salle et me rend compte que j'ai quand même faim au bout du compte. Je retourne sur Rathcoole pour me prendre à manger ainsi que de quoi me sustenter pour un petit-déjeuner demain. Arrivé à la chambre le soir je me repasse les événements d'aujourd'hui et j'ai qu'une hâte : commencer à jouer. Je prends le livre « Poker is war » et je le lis de nouveau comme poussé par une force invisible. Dans le livre Soren se fait éliminer de son side event à 1100€ en 2h, je souhaite qu'il ne m'arrive pas la même chose demain et absorbe les bons conseils de Gwen et de Siyah avant d'aller me coucher.
Dernière édition: 02 Oct 2017 17:12 par TluanerXila.

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01 Oct 2017 16:23 #3 par nicokent
Réponse de nicokent sur le sujet CR WPO Dublin 2017
J'aime bien le style et la façon de raconter. Merci

Le Poker est un sport.
Beaucoup de passionnés, peu de professionnels.
Ne vous noyez pas.

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02 Oct 2017 17:13 #4 par TluanerXila
Réponse de TluanerXila sur le sujet CR WPO Dublin 2017
Merci Nico :p je poste la suite dès que je poursuis l'écriture

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02 Oct 2017 20:39 #5 par damedepik6
Réponse de damedepik6 sur le sujet CR WPO Dublin 2017
waouhhh quelle prose !
Ca donne envie d'y aller.
Ca donne envie de lire la suite..........


Et quand est-ce prévu pour ? :)

Merci pour ce CR.

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10 Oct 2017 09:01 #6 par Lupo
Réponse de Lupo sur le sujet CR WPO Dublin 2017
Merci pour le.CR. Très sympa à lire :)

Vivement la suite ;)

Pseudo Wina : LupoMassilia
Pseudo PS : MC_Ciliano

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21 Oct 2017 17:49 #7 par TluanerXila
Réponse de TluanerXila sur le sujet CR WPO Dublin 2017
Merci damedepik et Lupo !

Voici donc la suite du CR bonne lecture à tous !

P.S. : Parfois le langage peut être parfois un peu "cru" et un peu "troll", c'est parce que je m'inspire surtout de CR lus sur Club Poker et que je destine ce CR à des amis, mais si vous avez des suggestions ou des remarques pour la suite n'hésitez pas.

Vendredi 22 Septembre



J'avais fixé l'alarme de mon téléphone pour 10h, je me réveille à 8h. Mon rythme circadien est légèrement perturbé par l'événement à venir en toute logique, pas le temps pour dormir, je veux de l'action, je veux de la vigilance. Après une douche chaude, je reprends la lecture de « Poker is war » en m'attardant un peu sur le chapitre texture de flop ainsi que le chapitre resteal. La lecture m'ayant ouvert l'appétit je décide de sortir afin d'aller manger un Subway rapide avant de me diriger vers les lieux du tournoi. Je suis le seul client à vouloir me faire servir à 10h30 un sandwich au poulet. J'ai alors une pensée rapide pour le jeu vidéo « Grand Theft Auto : San Andreas » car le contexte et le décor du fast food s'y prête allègrement. Un décor vert et jaune aux couleurs du logo de la franchise, des bancs et des tables vides, un personnel jeune au discours conditionné, j'ai l'impression d'être CJ qui fait un crochet au fast-food du coin avant d'aller pousser de la fonte jusqu'à en crever à la salle de sport. Je m'installe sur un banc mousseux face à une fenêtre qui donne sur la rue principale de Rathcoole. La bruine est toujours là, les gouttelettes propres au décor irlandais sont brièvement en suspension dans l'air ambiant avant de se coller mollement contre la vitre. Une chanson sort des baffles du Subway et sans doute est-ce un coup du sort car il s'agit de « Poker Face » de Lady Gaga.

« Can't read my
Can't read my
No he can't read my poker face »

Même si je ne suis pas un grand fan de pop, encore moins de Lady Gaga, la musique m'électrise pour ce bref instant. Je pense au tournoi et j'ai envie d'y être. Je dévore donc rapidement le sandwich et je reprends la marche dans le frais crachin. Le début du tournoi est fixé pour 12h, j'ai donc prévu d'arriver à l'hôtel pour 11h30 afin de me laisser un peu de marge pour l'inscription. En passant devant un Spar, je décide de faire un crochet afin de faire l'acquisition d'un petit carnet pour pouvoir noter en bonne et due forme tous les coups marquants de Dublin. J'espère que Michel Abécassis serait fier de moi pour cette initiative. Une fois arrivé à l'hôtel, je constate avec horreur et stupéfaction qu'une gigantesque file d'attente se dresse devant le bureau d'accueil. Je prends place dans la file d'attente afin de procéder à mon inscription et dispose comme passe-temps du spectacle incessant proposé par la leizure room avec du beer-pong, du billard et le fameux jeu d'arcade avec les boules et les dames. La file d'attente semble bloquée depuis 10 bonnes minutes à cause d'un problème informatique et les joueurs commencent à s'impatienter. En réaction, une jeune employée Winamax distribue pour les joueurs des pin's à l'effigie de l'événement WPO avec ses plus plates excuses. Une solution est trouvée par le directeur du tournoi qui décide de passer rapidement au scanner toutes les cartes des joueurs afin d'attribuer les places, elle fut efficace. Je me retrouve donc en table 59 siège 6 comme indiqué sur le ticket qu'on me distribue. J'en profite pour prendre au passage un logo Winamax si jamais un pro se retrouvait à ma table car des primes sont distribuées si un joueur portant un logo élimine un pro. Il est midi lorsque je rentre dans la salle de jeu et c'est avec confusion que j'observe l'horloge du tournoi. L'horloge indique un début de tournoi pour 12h45 ce qui rend désuet mon entrée. Je m'installe donc au bar et sirote un soda. J'envoie quelques sms tout en observant les premiers professionnels de la team Winamax qui entrent en scène avec Michel Abécassis et Kool Shen. Je fais un compte mental des pros que je n'ai pas encore vu et arrive à la conclusion qu'il ne manque à l'appel que Pierre Calamusa et Patrick Bruel. Patrick Bruel ne sera jamais présent pour un tel événement, il a d'autres chats à fouetter pensais-je alors, mais je me trompais lourdement. Il passa subitement devant moi avec le coach Stéphane Matheu. Affublé d'un grand sourire, Patrick Bruel, le boss, P14B, fils de Patrick la force supérieure, ambassadeur du poker français, gagnant d'un bracelet WSOP 1998, chanteur à succès et casseur de voix parada dans la salle du jeu. Je pense alors que si je suis ici à Dublin c'est grâce à lui en partie, sa vidéo « Poker Coach » regardée en 144p sur Youtube m'a convaincu de poursuivre la quête périlleuse du joueur de poker. Patrick Bruel semble décontracté, il fait quelques selfies avec des personnes de la gente féminine et semble parti pour jouer également le Day 1B du Main Event. Avant le début du tournoi, j'en profite pour discuter à nouveau avec Vincent, on s'imagine les piles de jetons qui s'accumulent au fil des futurs coups. Puis enfin après une longue attente, l'heure est venue, le tournoi est sur le point de commencer. Je me dirige alors vers mon siège, prend place en gratifiant la croupière et les joueurs déjà installé d'un « Hello ! ». L'analyse peut débuter.

**

Vincent dépassera sans faute le tapis de départ en prenant un bon début. Quelques premiums touchées puis jouées avec prudence lui permettront de gagner quelques blindes. Assis à une table où il disposait d'un avantage technique, il prendra beaucoup de coups en value pure. Malheureusement, il finira éliminé juste avant la fin du Day 1B aux alentours d'une heure du matin.

**

Je m'installe à mon siège situé en bout de table. Je regarde les cartes étalées dans un ordre de rang et de couleur, les figures sont illustrées de manière rigolote mais elles sont difficilement distinguables. Les lunettes que je porte vont me permettre de discriminer plus facilement les cartes sans émettre des plissements de paupières trop prononcés. Étant déjà une grosse tell box de base, je ne pouvais pas me permettre de venir à Dublin sans une paire de lunettes adéquate. Nous ne sommes que cinq de présents à la table dont la jeune croupière. Les portraits des joueurs étaient déjà bien hétérogènes :

Siège 1 : Wammy

Wammy est un homme dont la tranche d'âge est située entre 30 et 40 ans. Il est brun avec des cheveux coupés court. Son visage laisse transparaître un certain côté « bon gars ». Un bon gars qui dit la vérité et qui est honnête. Ce sera pas le genre à tromper sa copine avec sa meilleure amie pour ensuite dire à cette première « il ne s'est rien passé je te le jure mon sucre d'orge gorgé de miel ». Dans une telle situation il serait en sueur avec des gouttes froides qui couleraient le long de son échine jusqu'à l'ouverture de sa croupe tout en étant frappé d'une aphasie brutale. Il doit son sobriquet au logo « Wam Poker » qu'il porte fièrement sur sa poitrine. Je devine par ces indices physiques que Wammy est un joueur ABC qui a gagné son ticket sur un quelconque challenge Wam Poker. Il aura pour ainsi dire mon respect lorsqu'il fera preuve d'agressivité et au moindre signe de faiblesse il faudra que je lui tape sur les doigts.

Siège 2 : Bad Luck Bryan

Bad Luck Bryan est un jeune homme dont la tranche d'âge est située entre 25 et 30 ans. Il commence déjà à shuffle ses jetons de manière impatiente. Les cheveux d'un noir de jais et le regard perçant, il semble vouloir en découdre au plus vite. J'estime donc que son style de jeu sera large agressif avec des capacités de float et de bluff bien prononcées. Les événements et les coups qui suivent l'ont amené à souvent être en position de call river. Le fait qu'il se soit tout le temps retrouvé dans une position de « call-muck » m'a amené à lui attribuer le sobriquet de Bad Luck Bryan, ce qui est au final bien plus court que « l'homme qui call avec toujours une pointure en dessous ».

Siège 3 : Chinois

Oui je sais ce que vous allez dire, que je suis raciste et bien je n'en ai cure. Car oui, en plein jeu j'avais d'autres points d'intérêts que celui de scruter le faciès de notre ami Chinois qui était donc chinois. En fait, en vérité, je ne savais pas s'il était chinois. Mais déjà je peux vous assurer que ce n'était pas un chinois du Japon, car les chinois du Japon et bien ils ressemblent pas à lui et donc pas aux chinois de Chine. Si vous voyez ce que je veux dire hein ? Et puis les chinois du Japon ils sont très serrés, ils ont limite peur de toucher leurs jetons, et lui il était pas serré du tout, il était comme un vrai chinois de Chine. Mais après ça pouvait être un chinois de Taïwan, un chinois du Viet-Nam ou un chinois de Hong Kong, j'avoue que je lui ai pas demandé.

Siège 4 : Poker Vegan System

Poker Vegan System est un homme qui a entre 30 et 40 ans. Il dispose d'une barbe naissante couleur paille et d'une coupe de cheveux en broussaille avec quelques épis rappelant le bon maïs. Il est plutôt maigre et dispose d'un physique adéquat pour une activité numérique intense. Sur son épaule frêle est apposé un logo circulaire arborant un slogan : « Poker Management System ». Ne disposant pas d'Internet, j'ai pensé sur le coup qu'il s'agissait d'un logiciel de tracking et qu'il était ainsi développeur alors que la réalité était toute autre. Poker Management System est en vérité un programme de développement mental/sophrologie qui managera bien votre argent sans faute. PonceP est également venu lui prendre une interview à la volée durant laquelle il a révélé qu'il était vegan et que ça l'avait aidé pour le travail de son jeu. Ainsi il sera Poker Vegan System.

Siège 5 : Aussie Nazi

Situé directement sur ma droite, Aussie Nazi est un homme d'une quarantaine d'années qui est petit et chauve. Sur son nez malin, une paire de lunettes rondes est apposée, laissant entrevoir un regard froid et mauvais. Le terme « Aussie » vient du fait qu'il est Australien et le terme « Nazi » est multifactoriel. Nazi car :
- Son véritable nom est quelque chose comme Scott Smith ou Scott Sanders, en tout cas ses initiales sont « SS ». SS et Nazi, un lien évident se dégage
- D'après la description physique que j'ai donné, il est possible d'en déduire que ce type est un sosie de Himmler
- Ça rime avec Aussie

Siège 6 : Xila

J'observe avec attention les premiers joueurs de la table : Wammy, Bad Luck Bryan et Aussie Nazi. Je commence à estimer leur profil et leur style de jeu à partir de leur apparence physique. Nous allons commencer par jouer en 4-max, un format que je n'apprécie pas trop mais il faudra faire avec en attendant les autres joueurs. Patrick Bruel se dirige vers la scène télévisée et commence à effectuer un discours affublé de son éternel sourire. La croupière et Aussie Nazi ne comprennent pas un mot, du coup j'effectue une traduction en direct pour eux du discours de Patrick Bruel. Le discours est plutôt simple : Patrick Bruel annonce qu'il est extrêmement heureux de pouvoir être présent pour ce Main Event de Dublin pour la première fois, que les festivités s'annoncent extraordinaires et qu'il est sur le point de lancer le début de ce tournoi après avoir prononcé le classique « Shuffle up and deal ! ». 50000 jetons de départ, niveaux de 40 minutes avec un départ sur les blindes 100/200 et antes 25. Il s'agit tout simplement de la plus belle structure que j'ai joué. Le croupière distribue les cartes qui fusent sur un tapis qui semble avoir été passé au savon noir et le tournoi débute. Sur les panneaux d'affichage le décompte du niveau 1 est lancé, j'inspire un grand coup et je tends mes mains encore tremblantes vers mes deux cartes privatives en position d'UTG. Le contact avec les cartes est agréable, elles sont légères et souples. Je les soulève avec mon pouce droit pour observer un maigre T5o. Je relâche mon pouce, les cartes frappent le tapis dans un claquement doux de sabots qui rappelle un cheval au trot. Après cinq secondes de pseudo-réflexion je décide de rendre les cartes à la croupière, ça y est je suis vraiment dans le Main Event de Dublin WPO, tournoi à 550€, c'est parti.

Après un tour de table d'observation je vais pouvoir jouer ma première main. Nous sommes toujours en 4-max sur les blindes 100/200 avec un tapis effectif de 50k. Je suis UTG avec 88. Je raise 600, c'est 3B par Wammy au bouton à 1600, call par Bad Luck Bryan en SB et fold de Aussie Nazi en BB. Je sais que la range de Wammy est strong, l'idée d'un 4B peut se défendre afin de le mettre dans une situation délicate avec des jeux comme AJ AQ et 99, de prendre la dead money de Bad Luck Bryan, mais ici je décide de just call afin de pas jouer un premier coup trop high variance. Le pot fait 5100. Flop 2x3s6s. Check de Bad Luck Bryan, je check également, Wammy décide de cbet à hauteur de 3200. Call de Bad Luck Bryan et je call. J'ai overpair sur un baby board, je pense que Wammy va cbet 100% sur ce board, du coup un call est justifié en gardant des mains dominées comme AJ AQ et AK. Turn 2x. Check général sur cette turn. La river n'est pas belle car il s'agit d'un Ax. L'action river se conclut par un check général. Bad Luck Bryan shows AsJs, je muck ma main et Wammy fait de même. Je conclus que Wammy avait probablement une overpair qu'il a décidé de check turn suite à la résistance que nous avons montré avec Bad Luck Bryan.

Nous sommes rejoints par Chinois et Poker Vegan System portant ainsi la tablée en 6-max. Aussie Nazi prend un pot énorme à hauteur de 25k contre Wammy sur le board A85 rainbow. Hors de position, Aussie Nazi prend l'option de check raise le cbet de Wammy. Wammy décide de call et sur deux briques turn et river Wammy va de nouveau call l'agression continue de Aussie Nazi. Ce dernier prend le pot avec un set de 5 et Wammy ira muck sa main avec tristesse.

Aussie Nazi est en confiance, il est le plus actif à table après avoir augmenté son stack de 50%. Nous sommes toujours sur les blindes 100/200 avec un tapis effectif de 50k, Aussie Nazi au bouton raise 500. Je suis en SB avec KcQc et je décide de raise à 1600. Fold de Wammy et Aussie Nazi call. Le pot est de 3550. Flop 2x4h7h. Je cbet 2000, après dix secondes de réflexion Aussie Nazi prend le parti de call. La turn est un Ax. Je déglutis difficilement, cette carte est belle pour moi, elle frappe bien ma range perçue et mon adversaire à l'air de savoir jouer un minimum. Il est protecteur comme l'a montré le coup précédent avec Wammy, il aurait raise une premium flop comme set ou DP. Joue-t-il passivement les flush draw ? Je n'ai pas vraiment l'info. Mais cet as frappe vraiment ma range perçue, avec Ax je poursuis bien évidemment sur ce turn donc je dois poursuivre en bluff ici. Je 2 barrel 4000. Aussie Nazi tank pendant 30 secondes puis il décide de call à nouveau. La river est un 5x. Le flush draw n'est pas rentré et il a mis un peu de temps pour call le bet turn. Je pense qu'il a soit un flush draw, soit un jeu fait à base de paire splitté comme 7x. Aurait-il mis autant de temps pour call avec Ax ? Je n'ai pas envie de check, je ne peux pas give up et laisser une free showdown value à une paire splittée que je pourrai faire fold. Je prends donc un gros jeton de 25k et j'annonce 8000 à la croupière. Je me fais snap call par Aussie Nazi. Machinalement, je retourne mon jeu. Aussie Nazi dodeline de la tête et montre son jeu : 5h2h. Il fait double paire river. Je vois les jetons qui passent dans ses mains blanches crochues. Soudain, quelque chose se passe en moi, à l'intérieur. Je sens le sang me monter à la tête, j'ai l'impression que mes tempes vibrent par à-coups, je transpire, mon front est humide. J'ai envie de hurler, je veux poursuivre le combat mais c'est terminé, le coup est fini, il faut gagnant et un perdant. Je regarde de nouveau son jeu avec ce 5 de cœur et ce 2 de cœur. « What the fuck » sont les mots qui résonnent dans ma tête et qui sont amplifiés par ma boîte crânienne, allant d'un côté à l'autre de mon cerveau. Je me perds dans mes pensées. What the fuck ? Mais pourquoi ? Pourquoi il a call avec ça pré-flop ? Où est passé le respect ? Il joue donc les flush draw passivement je le savais ! Quel enculé ! Stop ! Repense à la leçon de Gwen. Jamais au grand jamais ne dit que l'adversaire a mal joué. Qu'est-ce que tu aurais pu faire différemment ? Rah qu'est-ce j'aurai pu faire ? Je dois 3B pré-flop oui c'est ce qu'il fallait faire. Le flop je dois le bet, le turn aussi. La river ? La check fold ? Pour me laisser bluff par des draw comme deux cœurs ? Est-ce que j'aurai trouvé la force de check call ? Peut-il thin value river si je check ? Bon sang je veux remonter le temps.

Et ainsi, je commence à vouloir naïvement remonter le temps. Comme un enfant qui vient de faire une bêtise ou un amoureux qui vient de se faire éconduire. Je veux une seconde chance. Je me réfugie temporairement dans cette pensée pour accuser le coup d'avoir perdu 15600 jetons dès le niveau 1, soit 78BB, soit 31,2% de mon stack. L'impact psychologique est énorme à ce moment et en plus on passe au niveau suivant avec les blindes 150/300 antes 25. J'essaie de relativiser en comptant mon stack et en le convertissant en BB. Il me reste 114BB. Mais non ça ne veut pas. Je lorgne les jetons de Aussie Nazi qui est proche des 100k. Je n'arrive pas à me dire que j'ai plus de 100BB et que je suis profond, dans ma tête j'ai que 34k. Les émotions sont étranges, elles viennent complètement fausser le raisonnement. Même si le raisonnement que j'essaie de tenir en auto-médication est globalement : « Ce n'est pas grave nous avons toujours de quoi jouer sereinement », il devient complètement faussé émotionnellement et donne à cet instant : « Je suis grillé, ils ont vu mon trois barrel bluff, je suis cuit, j'ai perdu une tonne, quel fils de pute né dans un lupanar ce Aussie Nazi ». Il me faudra deux tours de table pour retrouver un fil net de mes pensées et de me sortir de cette pelote de neurones toute emmêlée pleine d'idées irrationnelles et négatives.

Le prochain gros coup arrive sur le niveau 200/400 antes 50. Wammy raise UTG à 1000. C'est call par Poker Vegan System au bouton et je décide de compléter ma BB avec T9o. Le pot fait 3500. Le flop est 8x8h7h. Je check, Wammy bet 1300, fold de Poker Vegan System et je décide de raise à 4500. Wammy prend 10 secondes de réflexion puis part all-in pour 23k. Je fais la moue suite à cette action. Je considère Wammy comme un conservateur nit. Il pourrait shove les grosses overpaires ici ça fait totalement du sens à mes yeux vu son style de jeu. Je regrette amèrement de ne pas avoir trips sans cette situation et je fold ma main. Mon stack tombe à 28k.

Patrick décide de me bénir d'une premium pré flop avec un beau KK en position de UTG+1 sur le niveau 200/400 antes 50. J'open à 1100 et je suis call uniquement par Bad Luck Bryan depuis SB. Le pot fait 2900. Le flop vient 7x5d3d. Bad Luck Bryan check, je cbet 1500 et il snap call. Le turn ne me fait pas extrêmement plaisir car il s'agit du 4d. L'action turn est check-check. La river est un Jx. Bad Luck Bryan check. Je suis assez étonné qu'il check cette river, s'il avait float flop il aurait probablement misé river des gros jeux comme flush ou straight et tourné en bluff deux overcards. Je commence donc à penser qu'il a touché un bout de flop et veux prendre ce spot de thin value. Je bet river 2200 et il call muck. Ce petit coup me fait bien plaisir après la douche froide continue précédente.

Tous les jetons convergent vers Aussie Nazi. Bad Luck Bryan perd un énorme pot avec AQ contre le AJ de Aussie Nazi sur le board AxxxJ et tombe à 15k. Bad Luck Bryan est très remonté et commence à dire à voix haute que cet énergumène « touche tout bordel » tout en finissant par maugréer à voix basse dans la barbe qu'il ne possède pas une fois sa colère du moment expulsée. Aussie Nazi ne comprend pas un traître mot des paroles de Bad Luck Bryan mais il semble avoir capté le message global grâce à l'attitude affichée de son adversaire.

Le prochain coup arrive toujours sur le niveau 200/400 antes 50. Chinois ouvre 1200 au cut-off. Je suis en SB et je retourne KK. Je porte un 3B à 4000 qui est call par Chinois. Le pot fait 8700. Le flop est Jx6c5c. Je cbet 4000 et Chinois décide de raise à 8500. Ce min raise me perturbe alors je décide de tanker. J'ai vu Chinois discuter avec Caroline Darcourt, la photographe de l'événement, Chinois doit donc être un reg live d'une certaine manière d'autant plus qu'ils avaient l'air de bien se connaître tous les deux. Alors du coup je m'interroge, qu'est-ce qui pourrait pousser un reg à quasi min raise un tel flop ? Je me creuse la tête mais je vois pas trop. Le board est bien drawy et avec mon overpaire si je me contente de call il me restera juste un PSB pour le turn. Si la carte turn est un J, un 9, un 4 ou un trèfle ça va me faire chier et il pourra s'appuyer dessus. Je ne veux pas, je suis pas d'accord. Je suis moi-même protecteur et je refuse qu'il s'achète une carte turn avec un min raise, je crush sa range. Je décide donc de shove 26k. Il snap call et retourne QcTc. Je retourne KK et nous restons tous deux stoïques en attendant l'action du croupier. Le turn est une brique complète. Je jubile intérieurement en pensant que mon action flop était la meilleure. La river est rouge et vient me libérer. Un grand soulagement s'empare de moi, je suis de retour au stack de départ, ce coup contre Aussie Nazi n'a jamais existé, c'est un nouveau tournoi allons-y ! De plus, le niveau 200/400 se termine et permet le début d'une pause. Je termine de noter le coup sur mon carnet Abécassiesque et je me dirige fièrement vers la sortie pour aller prendre l'air et me vider l'esprit.

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23 Oct 2017 00:28 - 23 Oct 2017 00:31 #8 par Lupo
Réponse de Lupo sur le sujet CR WPO Dublin 2017
Excellent :woohoo:

La suite....la suite...la suite ! :laugh:

Pseudo Wina : LupoMassilia
Pseudo PS : MC_Ciliano
Dernière édition: 23 Oct 2017 00:31 par Lupo.

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27 Oct 2017 00:40 - 27 Oct 2017 00:41 #9 par TluanerXila
Réponse de TluanerXila sur le sujet CR WPO Dublin 2017
Et voici la suite du CR :P enjoy !

La prochaine partie arrivera dans 3 semaines pour cause de vacances en Guyane,


Une fois dehors, j'aspire une grosse nuée condensée de fumée de tabac froid et humide. Les joueurs en pause fument pour la plupart et viennent vicier l'air en pestant comme d'habitude envers les méfaits de Patrick. J'ouvre mon petit carnet et vient apporter quelques précisions sur certains coups et sur les profils des joueurs tout en m'adossant contre un poteau à l'entrée du parcours de golf. Un jeune joueur curieux m'observe avec mon carnet et vient de me demander s'il peut regarder le contenu. Malgré une première hésitation, je lui montre quand même la page du dernier coup. Hésitation, car dessus est noté de manière distincte « Chinois raise 1200 CO », mais bon qu'importe, il faut bien nommer les joueurs. Je lui explique que cela me permettra de revoir les coups dans un contexte à tête reposée sans omettre des détails sur la taille des mises ou la couleur des cartes. Il trouve que c'est une bonne idée de prendre un carnet et serait même tenté de faire de même. Il faudra que je pense à prendre ma commission auprès de Michel avant la fin du séjour. La pause touche déjà à sa fin et il est temps de reprendre le tournoi frais comme un gardon. Une fois installé sur ma chaise, je constate que Caroline Darcourt taquine Chinois sur le fait que son stack ait dangereusement diminué. Il baisse la tête, évite du regard le grand sourire éclatant de Caroline en murmurant quelque chose qu'il me semble avoir interprété comme étant « 4ème bullet ». Ces paroles laisseraient donc supposer que Chinois vient de faire un quatrième rebuy sur le Main Event, portant ainsi une ardoise salée à hauteur de 2200€. Même le fait d'être balla ne peut pas enlever le goût amer aux relents acides d'être en position latérale de sécurité après son quatrième rebuy. Le tournoi reprend sous un concert de cliquetis de jetons provenant de part et d'autre de la salle de tournoi et un énorme coup s'engage entre Poker Vegan System et Aussie Nazi.

Sur les blindes 250/500 antes 75 Poker Vegan System open au cut-off à 1200. Il se fait 3B par Aussie Nazi au bouton à hauteur de 3600. Dans les blindes nous foldons et Poker Vegan System call. Sur le flop Kx9s7s Poker Vegan System check et Aussie Nazi porte un cbet de 4200. Il se fait raise par Poker Vegan System qui envoie un pralin de forain à 11k. Après une réflexion poussée, Aussie Nazi call. Le turn est une Qx et étonnement l'action se déroule extrêmement rapidement, les deux joueurs décident de check à la vitesse de l'éclair. Enfin, la river est un Tx délivrant un board Kx9s7sQxTx. Un nouveau check de Poker Vegan System mais Aussie Nazi ne l'entend pas de cette oreille, il envoie une grosse pile de jetons de 5000 en annonçant « all-in ». Le all-in est répété en écho par la nouvelle croupière, un petit jeton blanc circulaire vole vers les jetons de Aussie Nazi et tombe avec délicatesse sur le tapis. Poker Vegan System balance violemment sa tête en arrière en soufflant jusqu'à vider l'intégralité de sa frêle cage thoracique.

- Putain cette river, râla Poker Vegan System, c'est incroyable, c'est vraiment la pire, il te fait pas peur mon raise flop et là tu viens de chatter à nouveau c'est ça ?

De marbre, Aussie Nazi ne bougea pas d'un pouce, les bras croisés contre son torse et les yeux verrouillés sur les jetons de son adversaire. Pendant quatre longues minutes, Poker Vegan System continua à shuffle ses jetons tout en réfléchissant et en soufflant à intervalles réguliers. Il compta et recompta ses jetons restants. Étant donné qu'il avait grossièrement 50k au début de la main, il est possible d'en déduire que Aussie Nazi lui réclame 35k sur la river. Le pot fait 30k, c'est donc un overbet all-in.

- If I fold and show, demanda Poker Vegan System, do you show ?
- No, répondit de manière implacable Aussie Nazi en portant sur Poker Vegan System un regard empli de dédain aryen.
- Bon allez ça suffit, s'énerva Bad Luck Bryan, time !
- Roh allez quoi, se plaignit Poker Vegan System, c'est sans doute le plus gros pot de la journée, je joue mon tournoi là dessus.
- Oui mais ça fait déjà cinq bonnes minutes que tu réfléchis.

La croupière n'eut même pas le temps de demander le temps. Après cette petite échauffourée verbale, Poker Vegan System leva bien haut ses cartes et les abattit avec indignation au centre de la table, face cachée. Aussie Nazi envoya également ses cartes face cachée dans le muck et récupéra sans une once d'émotion les jetons en les palpant avec ses petits doigts blancs boudinés. Depuis le début du tournoi, tous les jetons convergent inévitablement vers Aussie Nazi, il gagne beaucoup de coups sans showdown et dispose du respect de la table. Cependant j'ai bien envie de croiser de nouveau le fer avec lui. Mon vœu fut exaucé sur le niveau 250/500 antes 75. Au cut-off, l'ami Aussie Nazi open 1500. Je suis au bouton avec QhQc et envoie logiquement un 3B de 4800. Aussie Nazi s'empresse de call. Le flop est KhQxJh, Aussie Nazi check immédiatement. Je slowplay très rarement et il serait vraiment trop triste de slowplay contre un tel candidat qui mérite le trophée « calling station de l'année », j'envoie donc un scud à 5600. Après une courte pause d'une vingtaine de secondes, Aussie Nazi call. Le turn est un Tx. Je peste intérieurement, c'est une carte hideuse, encore plus laide qu'un cœur. Aussie Nazi check, je fais de même car il a un levier parfait pour check raise all-in et je ne tiens pas à subir une telle action sur le turn. La river est une brique totale, un 6x, ce n'est donc pas la doublante que j'espérais. Hâtivement, Aussie Nazi s'empare d'un jeton de 5000 et le jette sur le tapis. Le jeton rebondit puis roule vers moi, comme pour me narguer. Je suis abattu, absolument tout indique qu'il a straight ici : le call du 3B, le vieux call au flop, le gaybet river. Alors je vous le dis directement : je jure sur l'honneur que je n'ai pas call sans réfléchir et énervé. J'ai cherché des combos que je battais et j'en suis arrivé à la conclusion qu'il fallait call pour attraper des jeux comme KT, QT, JT et TT qui se valuent cut. J'effectue donc un cry call river et il me montre A7o. Je muck ma main et soupire en pensant que Aussie Nazi me trait comme une bonne grosse vache, le lait coule à flot à sens unique.

Toujours sur le niveau 250/500 antes 75, Aussie Nazi raise UTG 1500. Je suis en position de high jack avec 9h9c et je porte un 3B à 5000. Poker Vegan System call depuis BB et Aussie Nazi fold. Après avoir traité intérieurement Aussie Nazi de « sale chien de la casse » à cause de son fold, je me tourne vers Poker Vegan System et commence à m'interroger sur son call hors de position. Il ne croise pas mon regard et semble concentré sur le flop à venir qui est justement Th6h3x. Il check et je commence à tanker. Cette situation me fait terriblement penser à une autre que j'ai enduré en cash game amical où un vilain avait cold call hors de position un des mes 3B avec TT. Personne ne joue parfaitement, c'est un fait, je dispose donc moi-même de faiblesses. Par exemple, je n'ai absolument aucune range de cold call hors de position sur un 3B et c'est peut-être un leak car je vais uniquement fold ou cold 4B. Du coup, j'ai beaucoup de mal à lui construire une range ici, mais je comprends globalement que c'est une situation « way ahead, way behind » ou comme nous disons à la française, « loin devant, loin derrière ». Soit je suis loin devant et il dispose de jeux comme deux overcards ou une paire servie inférieure à 99, soit je suis loin derrière et il dispose de jeux comme brelan, top paire ou une overpaire qu'il aurait slowplay et j'ai très peu de chance d'améliorer pour le dépasser. Mais comme dit précédemment, je reste très incertain de sa range. Je décide donc de check pour réévaluer turn. Le turn est une doublette, un 3x. Il check de nouveau rapidement, ce qui me pousse à miser pour value/protection. J'envoie un jeton de 5000 au milieu que Poker Vegan System s'empresse d'ajouter à son tour. La river est un 4x. Après une petite réflexion, Poker Vegan System check, je me lance également dans une réflexion. J'essaie de déterminer si je peux prendre ou non de la value river mais j'en arrive à la conclusion que je risque surtout de me faire relancer polarisé par Poker Vegan System. Ainsi, pour éviter le mal de crâne propre à une telle situation, je décide de check pour clore l'action. Poker Vegan System montre AcKc et je prends donc ce pot avec ma paire de 9.

La suite du tournoi est délicate, je tente d'élargir ma range d'open mais je me fais punir en resteal all-in par Bad Luck Bryan et en 3B par Wammy. J'ai peur de prendre des spots en callant simplement avec encore des personnes à parler derrière car elles ont la gâchette facile en squeeze. Je fais alors ce qu'il ne faut jamais, au grand jamais faire en MTT, je commence à me laisser déblinder lentement à petit feu. Évidemment sur le coup je n'avais pas l'impression de me laisser déblinder, j'avais juste l'impression d'être « card dead ». Mais la vérité c'est qu'être card dead est juste un mirage, une illusion. Jamais on ne peut être card dead en tournoi, il y a toujours des spots, sans doute parfois délicats, mais de tels spots existent tout le temps. Combien de Ax avec x<9 ai-je fold contre un open de Aussie Nazi ? Beaucoup je l'admets. Une peur de me faire call par un adversaire calling station sur un éventuel 3B m'a poussé à overfold comme un porc alors qu'au contraire à ce stade du tournoi la fold equity grimpe en flèche sur les 3B. Que je le veuille ou non, le spectre du coup joué en début de tournoi contre Aussie Nazi plane encore et il vient me hanter en me poussant à jouer mon style de jeu « naturel » qui est serré passif. Selon une théorie que j'ai construite par observation, je pense que tous les joueurs de poker disposent d'un style de jeu naturel qu'ils vont adopter quand ils sont débutants. Face à la découverte du jeu, nous allons être soit serré ou large et soit passif ou agressif. Ceci va émerger naturellement et pourrait dépendre de multiples facteurs, comme les traits de personnalité par exemple. L'expertise que nous allons acquérir sur le jeu va nous pousser à adopter d'autres styles de jeu et à déterminer lesquels sont profitables, mais je pense que dès qu'un joueur est fatigué ou sous un coup émotionnel il va revenir à son style de jeu naturel, soit le style de jeu qu'il affectionnait lorsqu'il n'était qu'un simple débutant.

Même si jusqu'à présent notre table était stable avec les six mêmes joueurs, les têtes commencent à tomber. Le premier à buster est Chinois. Il perd avec Qc7c sur le board AcTc4cTx en payant le all-in de Wammy sur le turn. Chinois était très clairement émoussé sensoriellement car lorsque quelqu'un comme Wammy va 3B au flop et envoyer un all-in sur un tel turn je ne le vois pas avec moins bien que full house ou nut flush. Wammy avait AT pour une maison pleine. Bad Luck Bryan fait tapis avec 87s dans un dernier baroud d'honneur au cut-off avec ses 8BB restantes, il est payé debout sur la table par Aussie Nazi avec A9o qui vient immédiatement faire son A sur le flop. Bad Luck Bryan se lève tel un ouragan. Extrêmement remonté, il accuse Aussie Nazi d'avoir tout touché depuis le début, que c'est absolument dégueulasse, et s'en va. Poker Vegan System bust également sur l'action suivante : open de Aussie Nazi UTG, call de Wammy et shove pour 35BB de Poker Vegan System de big blind. Il se fait uniquement call par Wammy qui montre un AKo. Le TT de Poker Vegan System ne résistera pas à ce coin flip.

De nouveaux joueurs viennent donc remplacer les sièges vacants. En remplacement de Bad Luck Bryan, au siège 2 nous avons à présent Chinois Lunettes. C'est un chinois avec des lunettes. En remplacement de Chinois, au siège 3 nous avons à présent Reg Hindou. C'est un joueur large compétent qui donne l'impression de venir d'Inde. En remplacement de Poker Vegan System, au siège 4 nous avons à présent Kinshu. C'est un employé Winamax qui animait des streams en direct sur Twitch.

La pause manger arrive et mon stack a fondu, il me reste que 30k. Je décide de me diriger vers le restaurant asiatique de l'hôtel afin de méditer sur mon sort et de me rassasier. Je prends alors conscience que j'ai fait un peu trop le paillasson à la table et qu'il est temps de se bouger. Le retour s'effectuera sur le niveau 600/1200 et antes 200. Il me reste donc 25BB. Je connais mes ranges de resteal mais je suis un peu triste de ne plus pouvoir 3B/fold, d'avoir perdu ce bloc sans avoir réagi. Tout en mangeant mon riz et mon poulet, j'observe depuis le fond du restaurant la table composée de tous les joueurs de la team Winamax. Ils semblent tous décontractés pendant cette pause tandis que de mon côté je suis crispé et frustré de m'être laissé tomber petit à petit sans m'en rendre compte. Je soupire perdu dans mes pensées :

- Tant pis Xila, ce qui est fait est fait, maintenant il va falloir jouer comme tu as toujours joué sur la majorité des tournois de micro stakes de Winamax. On va resteal proprement et on va essayer de doubler

Une fois le repas mangé, il est temps de reprendre le combat, je me dirige de nouveau vers la salle de jeu bien déterminé à doubler mon stack.
Dernière édition: 27 Oct 2017 00:41 par TluanerXila.

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